Le PTB, une machine dangereuse?

Alors qu’au nord, c’est le Vlaams Belang qui sort renforcé des dernières élections, au sud, c’est lui le grand vainqueur. Le PTB obtient une dizaine de députés au Fédéral, à Bruxelles et en Wallonie. Mais qui se cache derrière son doux visage?

Certains, comme Bart De Wever, le moque idéologiquement en offrant cette semaine encore un flacon de sauce piquante «Karl Marx» à son président, Peter Mertens; d’autres y voient un potentiel allié crédible, amené à prendre des fonctions plus importantes que celle de simple parti d’opposition – statut obtenu au sortir des urnes en 2014, avec l’arrivée d’une poignée de députés aux Parlements. Entre les deux, qui a raison? Qui se cache réellement derrière le Parti du travail de Belgique, alias le «PTB»? Comment est-il organisé? Qui le dirige?

1. Un parti unitaire

À la différence des autres partis du pays, le PTB est un parti unitaire, c’est-à-dire aussi bien présent côté francophone que néerlandophone (sous l’appellation «PVdA»). Ce qui lui donne de facto une aura nationale. À sa base, l’on retrouve 150 groupes locaux, organisés par commune, entreprise ou thématique, et chapeautés par des fédérations provinciales. Ces groupes désignent le congrès (quelque 800 délégués), organe central chargé de la ligne, d’élire le président du bureau du parti, et de désigner le conseil national, qui, lui, dirige le travail politique et idéologique. Ensemble, les deux structures déterminent ensuite la direction quotidienne, où l’on retrouve le président du parti, Peter Mertens.

2. Qui parle à un électorat élargi

Tout un organigramme, et un programme, qui s’adresse à un électorat… «de plus en plus nombreux«, rit Germain Mugemangango, porte-parole. Plus sérieusement, sur le profil type de ses sympathisants, s’il en va évidemment de travailleurs «confrontés aux difficultés du quotidien» ou d’allocataires sociaux, «de plus en plus de commerçants et d’indépendants votent pour nous, évoque-t-il, sensibles à l’idée d’une fiscalité plus dure à l’égard des plus riches. De même, on parle aujourd’hui à un public plus intellectuel, issu du monde culturel et associatif«. Côté géographique, si les zones industrielles demeurent pour le PTB des incontournables, de Charleroi à Liège en passant par le Limbourg et Anvers, les grandes villes ont récemment démontré leur potentiel à l’occasion des élections communales de 2018, loin des «bastions naturels«. Lors des élections de dimanche dernier, le parti s’est vu octroyer 12 sièges à la Chambre, 11 à Bruxelles, 10 en Wallonie, et 4 en Flandre.

«De plus en plus de commerçants et d’indépendants votent pour nous. De même, on parle aujourd’hui à un public plus intellectuel.»

3. Bien intégré dans le tissu social

Cette performance s’explique notamment par une présence marquée de la formation dans le tissu social. Que ce soit à l’aide de ses camps de vacances, organisés par Red Fox, de ses 11 maisons médicales réparties dans le pays, ou de son mouvement étudiant, le Comac, réparti dans 8 villes estudiantines du sud et du nord du pays. Pour ce qui est de ses accointances avec la FGTB, le parti reconnaît «évidemment des relations privilégiées«, même si la formation syndicale est une organisation indépendante à tout parti politique. Quelque 200 syndicalistes se sont retrouvés sur ses listes, «mais venant aussi bien de la FGTB que de la CSC et même de la CGSLB«.

4. Internationaliste

Au niveau international, le parti indique avoir l’ambition de relations avec un grand nombre d’organisations, quand on évoque les noms de Podemos ou de la France Insoumise. Notamment au niveau européen car c’est là que «la résistance contre l’austérité et pour la défense des acquis sociaux doit s’organiser«. Le PTB pourra à ce titre compter sur son premier député, en la personne de Marc Botenga.

5. Au discours adouci, même si son fond reste opaque

Reste le discours. Là, l’analyse est plus ambivalente. En surface, le discours est adouci, même lorsque les positions sont tranchées, comme pour la taxe sur les millionnaires. Pour autant, certaines prises de position historiques du parti n’ont jamais été reniées publiquement.

Une formation dangereuse?

Malgré son succès électoral, la formation d’extrême gauche est loin de faire l’unanimité dans le jeu politique francophone. À l’image du Vlaams Belang au nord du pays, un cordon sanitaire menace le PTB. À raison?

Jean-Luc Crucke l’affirmait encore dimanche sur le plateau de RTL-TVI, il nous le répète volontiers aujourd’hui: «Il n’y a pas de coalition possible avec le PTB«, faute de recherche de liant de la part du parti et pour cause d’excès de simplisme. Derrière lui, le MR appuie: «On a toujours tenu comme position qu’on ne s’associera ni à l’extrême droite, ni à l’extrême gauche. C’est très clair«, nous dit-on du côté de l’avenue de la Toison d’Or. Un avis que partagent DéFI, cdH ou encore Ecolo, du moins à Bruxelles, si l’on en croit sa tête de liste, Alain Maron. Seul le PS fait exception sur le PTB.

Se pose donc une question simple, voire peut-être simpliste, mais pourtant essentielle: peut-on voir dans cette frilosité générale de la part des partis historiques une quelconque crainte à l’égard d’une formation vue comme «dangereuse»?

«Qu’on nous mette parfois sur le même pied que le Vlaams Belang, c’est scandaleux. La comparaison est dégoûtante, balaie Germain Mugemangango, porte-parole du PTB. Eux polarisent la société et promeuvent un discours de haine, en vantant l’idée de leur peuple d’abord. Nous, nous sommes le parti de la solidarité, qui se bat pour protéger et acquérir des acquis sociaux.«

Le discours est bien rodé. Mais derrière la forme, reste le fond. Et là, Pascal Delwit, politologue à l’ULB et auteur d’un ouvrage dédié à la formation politique, explique que la question de la fréquentabilité du Parti du travail de Belgique est entrée dans le débat courant 2017, et ce, pour deux raisons. Tout d’abord, par une sorte d’opportunisme politicien, où un opposant voit un bénéfice direct à l’éventuelle chape de plomb menaçant le parti d’extrême gauche, pour se préserver politiquement. Ensuite, par une sorte de facilité intellectuelle par laquelle l’on accole l’idée de communisme au PTB, puis, avec elle, les méfaits de la doctrine que l’on connaît, pour enfin, en apparence logiquement, aboutir à l’idée d’un cordon sanitaire. «On est dans une suite de syllogismes, évoque le politologue. Pour autant, personne n’apporte de justification sur le fond à cette idée, comme c’est le cas pour le Vlaams Belang.» Alors, oui, il y a l’histoire du parti, avec son lot de coins sombres. Mais comme pour certains représentants politiques au PS ou au CD&V dans des temps passés. Pour autant, dans le discours actuel du parti, rien ne tient à l’incitation à la haine raciale, comme c’est le cas du côté du VB, souligne-t-il.

Opacité et silence

Avant d’ajouter que son enquête, approfondie, a tout de même mis en avant de sérieuses zones d’ombre dans l’idéologie du parti. «Lors de leur congrès de 2015, sur leur vision du socialisme, on a peu entendu d’éléments de réponse sur le sujet, mais bien, paradoxalement, un long chapitre sur la Chine, indique Pascal Delwit. De même, le parti est ambigu quant à sa politique de oui au compromis, mais non à la compromission  qu’est-ce que cela veut dire, on a jamais de réponse , ou oui à monter au gouvernement, mais si on désobéit à l’Europe, alors que le respect du droit européen prime.» En fait, «le parti aime bien montrer sa salle de restaurant, moins sa cuisine, selon sa propre métaphore«, dit le politologue qui a découvert un parti très centralisé, où les cadres des heures les plus sombres sont toujours là, avec une influence, quand ce ne sont pas leurs enfants. «Ils n’ont jamais condamné leurs positions passées, notamment leur soutien aux Khmers rouges ou leur démenti du massacre de la place Tian’anmen.«

Источник: Lecho.be

Источник: Corruptioner.life

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