Les terres rares, une arme dangereuse dans la guerre commerciale

Désormais, les terres rares constituent l’un des enjeux du bras de fer économique et politique entre Washington et Pékin. Mais les Chinois doivent manier cette arme-là avec prudence, parce que leur monopole sur ces métaux essentiels aux technologies de pointe n’est peut-être pas si solide…

Dans cette guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, on va de riposte en riposte. Les médias officiels chinois et les responsables politiques agitent désormais la menace d’une réduction des exportations de terres rares vers les États-Unis. C’est un atout majeur pour Pékin: les terres rares, appelées aussi «pétrole du XXIe siècle» sont des métaux essentiels aux technologies de pointe, notamment les smartphones. Pékin veut donc user de sa position dominante dans les terres rares comme d’un levier dans les négociations commerciales avec Washington.

Les terres rares, ce sont 17 métaux utilisés dans la fabrication de produits de haute technologie et de l’industrie verte (smartphones, écrans plasma, véhicules électriques, armement…).

Le but de Pékin: priver Washington d’une ressource cruciale pour la haute technologie et donc ébranler son industrie de pointe. Si les Chinois n’en sont qu’aux menaces, un accès limité à ces métaux pourrait être dommageable à tous les fabricants. Signe de la vulnérabilité américaine, les terres rares devraient d’ailleurs être exclues des prochaines hausses de droits de douane visant la quasi-totalité des produits chinois aux États-Unis. 

Les terres rares donnent donc à la Chine un énorme levier politique et économique face aux États-Unis.

Environ 80% des terres rares importées par les Etats-Unis proviennent de Chine

♦ Pourquoi faire entrer maintenant les terres rares dans le jeu?

©REUTERS

La guerre commerciale entre les deux géants s’est intensifiée depuis que l’administration Trump a interdit aux sociétés américaines de vendre des technologies à Huawei. Réponse du berger pékinois à la bergère américaine: «Si quelqu’un veut utiliser des produits fabriqués à partir de nos exportations de terres rares pour freiner le développement de la Chine, alors je pense que (…) le peuple chinois sera mécontent», a mis en garde un responsable de l’agence de planification économique chinoise (NDRC).

«Le fait même que la Chine abatte cette carte montre à quel point la situation est devenue difficile», explique David Madden, un analyste de CMC Markets.

♦ Quels sont les risques pour l’économie américaine? 

Selon James Kennedy, président du cabinet ThREE Consulting, «la Chine pourrait provoquer la fermeture de presque toutes les chaînes de montage d’automobiles, d’ordinateurs, de smartphones et d’avions dans le monde si elle décidait d’imposer un embargo sur ces matériaux».

♦ Quelle est la stratégie des Chinois?

©REUTERS

La Chine pourrait-elle vraiment saper la stratégie des États-Unis, principalement basée sur les droits de douane et le bannissement de Huawei? Brandir les terres rares en tant qu’arme de dissuasion risque d’être compliqué, au vu d’un précédent. La Chine a déjà tenté d’imposer des quotas d’exportation sur ses métaux mais a pour cela été condamnée devant l’Organisation mondiale du commerce. Pékin ne peut pas ne pas s’en souvenir. Mais ici, il s’agit surtout de rééquilibrer la balance et sans doute de relancer les négociations, au point mort et sans date de reprise annoncée.

Les Chinois doivent donc manier cette menace avec précaution, d’autant que malgré leur quasi-monopole, ils ne sont pas les seuls à posséder d’importantes ressources précieuses. Le Brésil et le Vietnam disposeraient chacun de gisements estimés à 22 millions de tonnes sur un total mondial de 120 millions, selon l’institut d’études géologiques américain (USGS). Les réserves de la Chine sont estimées à 44 millions de tonnes. Mais l’extraction et le raffinage des terres rares ont un tel coût écologique que cette production n’est pas encouragée partout…

Autre élément à tenir à l’oeil par Pékin: toute restriction aux exportations de terres rares pourrait déclencher une chasse aux sources alternatives.

♦ Les États-Unis prennent-ils cette menace au sérieux? 

Aux États-Unis, on se méfie visiblement, même si Pékin n’en est encore qu’aux menaces. Ainsi, le Pentagone a sollicité de nouveaux crédits pour renforcer la production américaine de terres rares et réduire ainsi sa dépendance envers la Chine.

©REUTERS

Источник: Lecho.be

Источник: Corruptioner.life

Share

You may also like...