« L’histoire de Technicolor est celle de la fin d’une ambition »

L’ex-Thomson Multimedia, qui a publié mercredi des résultats en pertes, a annoncé la vente de son activité de recherche et innovation en février. Le dernier symbole de l’échec d’une Europe de l’électronique grand public, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 11h25 Temps de Lecture 2 min.

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Site Technicolor de Cesson-Sévigné, près de Rennes, le 22 novembre 2012.

Chronique Pertes & profits. C’est une nouvelle qui a glissé sur l’actualité tumultueuse de ce début d’année, sans laisser de trace médiatique. Le 11 février, le groupe tricolore Technicolor a vendu son activité de recherche et innovation à la société InterDigital. L’ancienne Thomson Multimedia, ultime espoir français dans l’électronique grand public, coupe ainsi le dernier cordon qui la reliait encore à ses heures de gloire, quand elle inondait les magasins d’électronique de ses téléviseurs, téléphones et autres chaînes hi-fi.

En mars 2018, Technicolor s’était déjà séparé de ses brevets, dont certains de réputation mondiale, notamment dans le codage audio, tombés dans le domaine public. Pour un groupe de technologie, c’est évidemment fâcheux de ne plus avoir ni recherche, ni brevets. Mais la firme n’a plus trop le choix. Ses activités se réduisent comme peau de chagrin et contraignent l’entreprise à modifier sans cesse son périmètre, en cédant ce qui peut l’être encore.

L’entreprise a publié, mercredi 27 février, des résultats plutôt déprimants, avec une perte nette de 67 millions d’euros et un chiffre d’affaires de 4 milliards, en baisse de 6 % sur un an. Après avoir multiplié les avertissements en 2016, 2017 et 2018 indiquant qu’elle ne tiendrait pas ses promesses, elle a décidé qu’il était plus sage de ne plus en faire. Elle ne fournira plus de prévisions de résultats au marché.

Invasion asiatique

Le groupe n’est pourtant pas à l’article de la mort. Il emploie encore 16 000 personnes dans le monde, dont près de 3 000 en Europe. A coups de petites acquisitions, il s’est recentré sur des métiers de services, comme la production audiovisuelle, la duplication de DVD ou la fourniture de décodeurs de télévision. Toutes activités récurrentes mais à l’avenir incertain. Le métier des DVD est menacé par la fin annoncée de ce support, mangé par la dématérialisation et le streaming, celui des décodeurs est peu rentable et dépendant de quelques opérateurs américains et celui de la production est volatil comme tous les métiers du cinéma. Le groupe, qui produisait des lave-linge en Vendée, des téléviseurs en Anjou et des décodeurs dans l’Yonne, n’a plus d’activité industrielle en France. Il est devenu une société de service, un sous-traitant sur des marchés fragiles.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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