L’Otan tente de retrouver son unité à Washington

Pour la célébration de ses 70 ans, l’Alliance atlantique a affiché son unité à Washington. Des dissensions persistent néanmoins entre les Etats-Unis et la Turquie. Les 29 États alliés ont réitéré leur solidarité face aux velléités d’expansion russe et chinoise, sans renoncer au dialogue avec ces grandes puissances.

Septante ans après sa naissance, l’Otan, cette alliance militaire hors du commun, la première et la plus ancienne du monde, a confirmé en deux jours de réunions ministérielles à Washington sa nécessité pour protéger l’Occident contre les menaces russe et chinoise.

Créée en 1949 pour répondre à l’URSS, l’organisation militaire a retrouvé son unité face à une puissance qui conserve un même parfum. La Russie caresse toujours ses vieux rêves impériaux, même si le dialogue avec l’Occident est plus fort qu’avant. Il y a dix ans, Moscou matait la Géorgie. En 2014 , elle annexait la Crimée et propageait la guerre dans le Donbass. Aujourd’hui, l’armée russe déploie des missiles SSC8 à portée intermédiaire, vouant aux gémonies le traité INF de 1987. Elle menace entre les dents la Finlande, un pays hors de l’Otan. Viole l’espace aérien des pays Baltes. Un bataillon de trolls à Saint-Pétersbourg distille de la désinformation sur les réseaux sociaux. Les alliés ont aussi évoqué la présence de militaires russes au Venezuela, les Etats-Unis estimant qu’ils n’ont rien à faire dans cette partie du monde.

La Belgique a réitéré sa promesse d’augmenter ses dépenses militaires.

Didier Reynders
Ministre des affaires étrangères et de la défense

Des membres rassurés

«La violation russe du traité INF fait partie d’une série de comportements qui déstabilisent notre sécurité», a dit jeudi le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg.

L’Alliance atlantique a rassuré ses membres plus exposés, les pays Baltes, où sont présents des contingents allemands et belges, et la Pologne où sont déployés les GI’s. «Nous avons pris des mesures de réassurance. Il faut montrer que l’Otan assure une présence suffisante dans ces régions», dit le ministre des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders (MR). L’Otan a aussi décidé de renforcer la surveillance aérienne et maritime en mer Noire. «Nous ne voulons pas d’une nouvelle guerre froide», mais l’alliance n’hésitera pas à assurer sa défense, avertit Jens Stoltenberg, «notre approche reste double, dissuasion et dialogue».

La Chine préoccupe également les alliés. Le pays accroît ses dépenses militaires, étend son influence dans le Pacifique mais aussi en Méditerranée, où il acquiert des ports. Les Etats-Unis ont insisté sur la nécessité de se protéger contre le réseau 5G du géant Huawei, soupçonné d’être utilisé à des fins d’espionnage. Mais pour les alliés, ces craintes ne peuvent nuire au dialogue avec Pékin. «Nous avons intégré le débat d’une manière plus large envers une puissance émergente avec laquelle il faut dialoguer», nuance Didier Reynders. L’Otan a retrouvé son unité à Washington. «La célébration des 70 ans devant le Congrès américain a confirmé l’engagement américain au sein de l’Otan», résume Didier Reynders.

L’objectif des 2%

La division était venue du cœur même de l’Alliance, la Maison-Blanche. En juillet dernier, lors du sommet de l’Otan à Bruxelles, le président des Etats-Unis Donald Trump avait secoué ses alliés, exigeant qu’ils augmentent leurs dépenses militaires. Qu’ils tiennent leur promesse faite en 2014 au Pays de Galle d’accroître leurs dépenses militaires jusqu’à 2% de leur PIB national. Donald Trump avait menacé de ne plus appliquer l’article 5 du Traité Otan, sur la solidarité entre alliés, aux Etats n’atteignant pas cet objectif.

Huit mois plus tard, les Etats-Unis sont, en partie, rassurés. «Tous les alliés ont promis d’investir plus dans la défense, dit Jens Stoltenberg, l’objectif n’est pas de faire plaisir aux Etats-Unis mais de prendre conscience des efforts nécessaires pour protéger notre sécurité.»

Mercredi, le vice-président américain Mike Pence a tout de même égratigné l’Allemagne, dont les dépenses sont à 1,5% du PIB. «L’Allemagne doit faire plus», a-t-il lancé. Il a également reproché à Berlin son projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

L’objectif des 2% apparaît illusoire pour beaucoup d’alliés, en particulier ceux dont le PIB est élevé. «Si l’Allemagne atteignait ce pourcentage, ses dépenses militaires dépasseraient celles de la Russie, affirme un diplomate, il ne faut pas être fétichiste avec les 2%.»

Notre pays, dont les dépenses militaires sont à 0,93% du PIB, passe sous le radar. «La Belgique a réitéré la promesse d’augmenter les dépenses militaires», explique Didier Reynders. Le ministre belge a détaillé aux alliés son programme d’investissements avoisinant 10 milliards de dollars. Achat de F-35, construction d’un simulateur de vol pour les avions de transport A400, acquisitions de chasseurs de mines.

Tous les partis belges sont-ils convaincus de l’effort à fournir? «Je poserai la question pendant la campagne. J’entends des formations politiques s’exprimer en faveur d’une défense européenne, mais je ne vois pas beaucoup de monde plaider pour une augmentations des dépenses militaires, affirme Didier Reynders. On doit mieux expliquer les enjeux, entre particulier en matière de lutte contre le terrorisme.»

Les dissensions internes persistent

Des dissensions internes persistent. Ici encore, les Etats-Unis se placent au cœur de la discorde. Mike Pence, en plus de s’être attaqué à l’Allemagne, a tancé la Turquie, un membre important de l’Otan, pour l’achat du système anti-missile S400 russe. Les Etats-Unis craignent que la technologie des F-35 vendus, et livrés en partie à Ankara, ne tombe aux mains des Russes. Ils ont suspendu leurs livraisons d’équipements à la Turquie. Les deux pays ont abordé leur différend jeudi, lors d’une réunion bilatérale.

©BELGA

Источник: Lecho.be

Источник: Corruptioner.life

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