Pas de front francophone pour contrer les velléités confédéralistes

Alors que la N-VA brandit une nouvelle fois la menace confédérale, les partis francophones refusent de sortir du bois, par peur d’enclencher un processus.

À l’instar de certaines espèces animales qui se retrouvent paralysées lorsqu’elles font face à un danger imminent, les partis francophones semblent prostrés face aux velléités flamandes de confédéralisme. Pour justifier l’absence d’un grand plan stratégique au sud du royaume, certains arguments sont avancés plus que d’autres: ce n’est pas ce que la population flamande souhaite vraiment; riposter reviendrait à accélérer un processus dont on ne veut pas; le confédéralisme n’est pas la priorité car il ne permettra pas de répondre aux véritables défis.

Il est vrai que 57% des habitants du nord du pays n’ont pas voté dimanche dernier pour un parti nationaliste et que le confédéralisme ne figurait pas parmi les enjeux principaux de la campagne, davantage axée en Flandre sur les questions socio-économiques et d’immigration. Et on peut également entendre que le confédéralisme n’améliorerait pas forcément l’efficacité d’un pays dont les institutions digèrent encore les transferts de compétences prévus par la sixième réforme de l’État.

«Il ne faut pas considérer que l’on est face à une chimère, et analyser ces velléités.»

Georges-Louis Bouchez
Délégué général du MR

Ce qui n’empêche pas la N-VA de profiter des résultats contrastés et de la crainte d’un blocage qui en découle pour brandir son projet de confédéralisme comme solution ultime. Dans un visuel volontairement simpliste diffusé sur les réseaux sociaux, l’ancien secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Theo Francken aligne les avantages d’un tel modèle: un pouvoir plus démocratique, plus efficace et moins cher, avec une politique plus proche des citoyens et plus transparente.

En réalité, le projet des nationalistes flamands semble déjà un brin plus élaboré. Sorte de régionalisation poussée à son paroxysme, le confédéralisme à la sauce N-VA repose sur deux Etats, la Flandre et la Wallonie, compétents pour la majorité des matières (justice, sécurité, migration…). La défense resterait dans le giron de la confédération tandis qu’un mécanisme de réduction de la dette est prévu durant 25 ans avant de transmettre le solde restant aux Régions. Bruxelles, sous-région, dépendrait de la Flandre et de la Wallonie pour toutes les matières personnalisables, ouvrant deux options en matière de sécurité sociale ou d’enseignement à la population de la capitale. C’est le fameux «choix bruxellois».

La logique attentiste démentie

Un coup de sonde auprès des partis francophones permet d’établir qu’il n’existe pour l’heure aucun dialogue relatif au projet confédéraliste de la N-VA entre les différentes formations politiques au sud. «Il est certain que les francophones devront se mettre autour de la table et réfléchir à une stratégie. Pour ne pas faire comme en 2011, mais s’en tenir à ce qui est décidé et ne pas accepter des bidules comme la communauté métropolitaine, réagit Sophie Rohonyi qui juge par ailleurs urgent de fortifier la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est la seule entité capable de lutter contre la Flandre d’égale à égale, pour que la Région bruxelloise puisse être enfin considérée comme une région à part entière. Mais cette volonté politique n’est pas présente dans tous les partis. Au sein du MR et du PS, il y a des courants régionalistes favorables à la régionalisation de la culture et de l’enseignement», déplore la nouvelle députée fédérale DéFI.

Les tabous flamands parmi lesquels l’élargissement de Bruxelles sont bien connus de la sphère politique francophone qui pourrait s’en servir pour répliquer au projet confédéral. Mais le refus de sortir du bois est justifié par un refus de rentrer dans le jeu des nationalistes. Pour autant, les partis nient se trouver dans une logique attentiste. «Il ne faut pas considérer que l’on est face à une chimère. Il faut prendre connaissance de ces velléités et avoir les scénarios en tête afin de ne pas être piégé dans une négociation sans avoir anticipé les coups suivants. Se contenter de juste dire non n’a jamais été une stratégie payante», considère Georges-Louis Bouchez, délégué général du MR.

«Bouder dans son coin en refusant de parler d’institutionnel pourrait faire le jeu des nationalistes flamands et conduire à un processus de liquidation du pays avec beaucoup d’impréparation du côté francophone, estime Charles Picqué (PS). Personne n’a jamais dit qu’il ne fallait pas songer à ce que la Flandre prépare. Mais on s’est toujours gardé de parler d’un plan B qui donnerait l’impression que ce sont les francophones qui enclenchent le processus. Car il y a deux pierres dans la chaussure des nationalistes: Bruxelles et leur opinion publique qui n’est pas prête à se lancer dans l’aventure indépendantiste», conclut l’ancien ministre-président bruxellois.

Источник: Lecho.be

Источник: Corruptioner.life

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